
2022
Histoires de la nuit
de Laurent Mauvignier
Il ne reste presque plus rien à La Bassée : un bourg et quelques hameaux, dont celui qu’occupent Bergogne, sa femme Marion et leur fille Ida, ainsi qu’une voisine, Christine, une artiste installée ici depuis des années. On s’active, on se prépare pour l’anniversaire de Marion, dont on va fêter les quarante ans. Mais alors que la fête se prépare, des inconnus rôdent autour de la maison. Laurent Mauvignier livre un roman magistral. Dans le thriller façon Mauvignier, le suspense n’est pas, ou si peu, affaire d’action. C’est une histoire de langage. Si l’un des compliments que l’on adresse fréquemment aux bons polars a trait à la concision de leur style, à l’efficacité d’une langue ramassée tout entière occupée à décrire ce qui a lieu, Histoires de la nuit mérite une pluie d’éloges pour des raisons absolument inverses. Plus la phrase s’allonge, plus l’angoisse augmente, et plus le lecteur est attentif à ses ondulations, ses changements de rythme, ses relatives et autres volutes digressives – et plus, à nouveau, le suspense s’accroît. Une seule phrase de l’écrivain peut charrier à la fois les pensées d’un personnage, ce qu’il dit (qui échoue toujours à transmettre l’essentiel), ses déplacements dans l’espace, la lumière, tant de sensations, sans oublier, parfois, une fausse piste pour égarer le lecteur. Certaines scènes, même pas particulièrement porteuses d’enjeux narratifs, sont ainsi étirées au maximum. Cette dilatation produit un effet étonnant, qui teinte d’étrangeté le réalisme du roman, lui donne les allures cauchemardesques d’un conte. Un conte qui pourrait être tiré de l’épais recueil Histoires de la nuit, dans lequel Marion pioche ce qu’elle lit à Ida au moment du coucher, même si ce n’est pas toujours de l’âge de l’enfant, qui en sort tremblante. Prix Goncourt.
Le résumé
Il ne reste presque plus rien à La Bassée : un bourg et quelques hameaux, dont celui qu’occupent Bergogne, sa femme Marion et leur fille Ida, ainsi qu’une voisine, Christine, une artiste installée ici depuis des années. On s’active, on se prépare pour l’anniversaire de Marion, dont on va fêter les quarante ans. Mais alors que la fête se prépare, des inconnus rôdent autour de la maison.
Laurent Mauvignier livre un roman magistral. Dans le thriller façon Mauvignier, le suspense n’est pas, ou si peu, affaire d’action. C’est une histoire de langage. Si l’un des compliments que l’on adresse fréquemment aux bons polars a trait à la concision de leur style, à l’efficacité d’une langue ramassée tout entière occupée à décrire ce qui a lieu, Histoires de la nuit mérite une pluie d’éloges pour des raisons absolument inverses. Plus la phrase s’allonge, plus l’angoisse augmente, et plus le lecteur est attentif à ses ondulations, ses changements de rythme, ses relatives et autres volutes digressives – et plus, à nouveau, le suspense s’accroît.
Une seule phrase de l’écrivain peut charrier à la fois les pensées d’un personnage, ce qu’il dit (qui échoue toujours à transmettre l’essentiel), ses déplacements dans l’espace, la lumière, tant de sensations, sans oublier, parfois, une fausse piste pour égarer le lecteur. Certaines scènes, même pas particulièrement porteuses d’enjeux narratifs, sont ainsi étirées au maximum. Cette dilatation produit un effet étonnant, qui teinte d’étrangeté le réalisme du roman, lui donne les allures cauchemardesques d’un conte. Un conte qui pourrait être tiré de l’épais recueil Histoires de la nuit, dans lequel Marion pioche ce qu’elle lit à Ida au moment du coucher, même si ce n’est pas toujours de l’âge de l’enfant, qui en sort tremblante.
Prix Goncourt.
Ce qu’en pensent les lecteurs
Les avis de la communauté
Une écriture cinématographique qui dit ce que la caméra montrerait dans un plan séquence lent et silencieux. Chez L. Mauvignier, on suit chaque geste, chaque souffle de Marion, de son mari ou de Christine la voisine artiste dans des phrases longues comme une expiration, tout est livré et pourtant les personnages demeurent avec leurs secrets et leurs failles. En apparence, on est dans un hameau tranquille et sûr (on ne ferme pas les portes à clé) , mais c’est justement l’isolement du lieu qui permet à trois intrus lugubres de s’immiscer dans la vie de cette famille et de bouleverser à jamais leurs relations. Que cache Marion ? Pourquoi son mari va voir des prostituées le soir de son anniversaire ? Leur fille Ida fait preuve d’une grande maturité, elle aime les trois adultes de sa vie et à la fin du roman elle accomplira un geste salvateur pour les siens. Un beau suspense donc doublé d’une attention chirurgicale aux pensées et comportements des protagonistes qui nous font plonger dans le cœur de l’intrigue avec délectation.
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